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SABLINE DE PROVENCE

On l’appelle aussi « herbe à Gouffé », du nom de Gouffé de la Cour, directeur du Jardin Botanique de Marseille en 1815. Son nom scientifique est : Gouffeia arenarioides, DC ou Arenaria provincialis, Chater et Halliday . Cette petite plante, endémique (c’est-à-dire ne se trouvant à l’état naturel nulle part ailleurs) de Marseille et alentours et vers Toulon, est particulièrement répandue dans le massif des Calanques. C’est une annuelle d’hiver : ses graines germent aux premières pluies d’automne et donnent naissance à une petite rosette de feuilles étroites et allongées qui se développe au printemps pour former une touffe ramifiée d’une quinzaine de centimètres, recouverte de petites fleurs blanches à 5 pétales au mois de mai. Après la maturité des graines, la plante meurt et ses tiges desséchées demeurent visibles quelques mois encore. Le Gouffeia affectionne particulièrement les éboulis, plutôt en exposition nord (car plus humide) ; il pousse également sur les lapiaz mais toujours en milieu ouvert. Son mode de végétation, en repos pendant la saison estivale sous forme de graines, lui permet de résister à la sécheresse. Vu sa discrétion, sa petite taille et son faible enracinement, le piétinement lui est très nocif. Il a disparu de certains éboulis à la suite de la malheureuse habitude de beaucoup de randonneurs et escaladeurs de « couper » les lacets des sentiers (un exemple frappant : sur les « 13 contours » , sentier accédant à la Candelle depuis Luminy). Il est moins en danger sur les lapiaz où les anfractuosités du calcaire et la stabilité du sol lui assurent un peu de protection.
Les randonneurs et escaladeurs devraient apprendre à reconnaître sa présence, afin d’éviter sa raréfaction et à terme, sa disparition.
Le Gouffeia bénéficie du statut de protection intégrale sur le territoire national par la loi n.76-629 du 10 juillet 1976 et l’arrêté du 20 janvier 1982 paru au Journal Officiel de la République Française, le 13 mai 1982 : il fait partie de la liste des végétaux qu’il est interdit, sous peine de sanctions, de cueillir et de détruire. Si de nombreuses plantes des environs de Marseille sont « protégées » au niveau national ou régional, le Gouffeia est le seul parmi celles-ci à figurer sur la liste européenne cite par la Directive 92/43 CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages, parue au J.O. des communautés européennes le 22 juillet 1992, dont voici le texte : « Les états membres prennent les mesures nécessaires pour instaurer un système de protection stricte des espèces végétales figurant à l’annexe IV.b interdisant la cueillette ainsi que le ramassage, la coupe, le d’enracinement ou la destruction intentionnels dans la nature de ces plantes dans leur aire de répartition naturelle. »
Bien entendu, les grimpeurs et autres amoureux des Calanques n’ont pas besoin d’une menace de procès-verbal pour respecter ces humbles plantes qui participent à l’originalité du massif.
Robert GIRAUD, Botaniste.
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